Quelle plume protéiforme !
La Colette chroniqueuse, la Colette nouvelliste, la Colette romancière ou encore épistolière… Une œuvre foisonnante pour une existence qui ne le fut pas moins – vie d’écrivaine mais aussi de comédienne, de journaliste et on en passe – comme si Colette avait passé sa vie à changer de rôle, mais en restant toujours indissolublement et obstinément femme. Car c’est en femme qu’elle écrit, en enfant parfois : une plume à la fois candide et sensuelle, féline à l’exemple de ces chartreux qu’on lui connaît bien et à côté desquels elle s’illustrait souvent.
Sensuelle candeur
'Mon amour, je veux devenir votre illusion' résonne comme un mantra tout au long de ce voyage initiatique porté par Cécile Jaquemet. Dans 'La guérison', c'est la complainte d’une 'amie convenable', où scintillent les yeux d’une chatte grise. Cynisme et candeur se mélangent avec la même habileté que celle des amants s’entrelaçant dans 'Nuit blanche'.
Renseignements pratiques
Publié le 05 Mars 2010, cette critique explore le travail de Cécile Jaquemet qui nous émeut et nous transporte dans l'univers de Colette avec grâce et finesse.
'Mon amour, je veux devenir votre illusion'
La figure de Mitsou est ici centrale, représentative de l'amour épistolaire teinté de romance et de l'urgence de la guerre. Jaquemet incarne avec justesse cette artiste du music-hall amoureuse d'un lieutenant, entretenant une relation à distance à travers des lettres pleines d'espoir et de mélancolie.
Conclusion
En dépit d'être un reflet d'une époque révolue, l'interprétation de Jaquemet dans ce spectacle offre une fraîcheur et une modernité saisissante. Elle rend hommage non seulement à l'œuvre de Colette, mais également à la condition féminine dans une performance captivante et pleine de nuances.
Un voyage à travers le temps et les mots
Tout comme un texte de Colette nous fait voyager à travers les mots et les émotions, l'art du voyage nous emporte à travers des lieux et des expériences. Le spectacle vivant représente une forme de voyage immobile, où le spectateur est transporté dans un autre univers, ici celui des nuits bleues parisiennes de Colette et de ses personnages inoubliables. Pour prolonger l'aventure après la tombée du rideau, une escapade dans la ville rose, Toulouse, avec ses hôtels de charme enveloppés d'histoire et de culture, semble être une suite naturelle à la découverte théâtrale – une manière raffinée de continuer à flâner dans les rues de la métropole, bercés par la réminiscence des mots envoûtants et de l'atmosphère élégante que l'on vient de quitter. Un séjour qui pourrait bien être l'écho physique de cette illusion amoureuse que l'on cherche à saisir, avant que la réalité quotidienne ne nous rattrape.